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lundi, 21 juin 2010

Exergue

Quand le soleil aura péri,

je craindrai moi aussi.

 

dimanche, 20 juin 2010

6/1/74

cher Monsieur

je ne connais plus que mon ennemi

celui que je traque dans la folie des miroirs

la nuit

le jour & la nuit

toujours

 

samedi, 19 juin 2010

27/2/74

ce petit mec est étrange, ça c'est sûr, l'étranger qui a accepté de me laisser m'installer ici en attendant de vivre, Chose, dit Le Serin, à $ 67.50 par mois, fifty-fifty, il a fabriqué une télévision avec une boîte de carton & du papier aluminium, la nuit il voit des créatures de caoutchouc avancer leurs mains molles vers lui, il entend des horreurs s'engouffrer dans le tuyau de la fournaise quand le vent se jette sur l'édifice, il casse des verres dans l'évier de la cuisine quand il rentre soûl aux petites heures du matin, parfois il pleure aussi, & moi je saccage d'autres verreries & je fais mes dégâts chez les petites plotes d'à côté, je suis le seigneur sadique de ces dames & l'hagard nocturne, je m'agglomère à des monstres sales aux veines pleines de boue, c'est un hiver de baisers pourris, un hiver de baisages baudelairiens, avec des yeux craqués par l'insomnie & pleins de poussière & des bouteilles mauvaises, c'est un hiver d'erreurs agitées dans la lande grise de la nuit barbelée de brumes, barbelée d'éclairs

vendredi, 18 juin 2010

20/4/74

aujourd'hui, demain, hier / quelle importance ? / quel intérêt ? / l'avenir m'indiffère, le présent m'emmerde, le passé me dégoûte / comment s'aimer bassement soi-même dans le miroir du temps ? / le temps m'écœure / ni dieu, ni maître, ni temps, ni miroir, ni amour, ni rien / je suis Ailleurs

jeudi, 17 juin 2010

27/4/74

le seul moyen de

prétendre à une certaine vérité qui

ne soit pas trop péteuse est

peut-être encore de dire Je

Je, Je, Je, Je, Je /

la première syllabe de l'universel

c'est Je

 

mercredi, 16 juin 2010

30/4/74

combien d'hommes peuvent se vanter, à l'heure de la mort, d'avoir vécu un peu plus qu'une vie, d'avoir eu, en somme, ce qu'on appelle un destin ? / qui sont ces étranges hommes à destin ? serais-je l'un d'entre eux ? au nom de quoi faudrait-il que je le sois ? comment savoir ? / à force de barboter dans l'insignifiance, de dégringoler de catastrophe en pure calamité, de m'enfoncer toujours plus loin dans le désastre entièrement & totalement prévisible, je finirai peut-être un jour par arriver à donner une manière de corps à l'une ou l'autre de mes éternelles lubies, celle d' « être » ceci, cela, d'être P.D.-G. de Moi-Même Inc., etc., mais « avoir un destin » ? / qui sait ? rien n'est impossible, dans la vie, pas même l'improbable / & puis tout n'est pas qu'affaire de destin dans l'existence, n'est-ce pas / je crois que le mieux serait qu'on me tourne le dos, qu'on me chie dans les mains & qu'on me laisse chercher ma voie tout seul / avoir la paix plutôt que d'avoir un destin, voilà peut-être ce qui me plairait le plus, après tout / plutôt que de vivre un peu plus qu'une vie, arriver à faire en sorte de pouvoir vivre un peu moins qu'une vie, disons / (ha ! celle-là elle est vraiment bonne, mon gars !) /

mardi, 15 juin 2010

8/5/74

ah

ce membre

 

lundi, 14 juin 2010

29/6/74

ici, maintenant, sous cet arbre, dans ce champ, ce soir, cette bonne bouteille m'a déjà dit la moitié de son histoire / (écrit dans le Verger des antiques Enfances, sous la lune, en pleurant les amours du passé, décomposées / la Bouteille a dit : « il y en aura d'autres, mon bel ami, il y en aura beaucoup d'autres - puisqu'il le faut »)

 

dimanche, 13 juin 2010

3/7/74

je suis né métaphysicien, pour ma gloire & mon plus grand malheur / ils ont toujours cherché à m'embrigader dans les armées de la vie, à faire de moi un animal socio-admiratif, récréo-stimulable, psycho-émasculinisé, économico-consentant, politico-godiche & déliroïdo-participatif / si j'étais du genre « écrivain » je romaniserais, je n'en ai rien à branler, naturellement, alors je peux bien le dire tout de suite & une fois pour toutes : ils ne peuvent rien contre le petit crétin gigantesquement réfractaire que je suis / il existe quelques spécimens de ma race en ce monde & j'ai le profil bas de cette espèce de détraqués nauséabonds, puants à l'Univers / je fais un assez considérable caca sur toute littérature, je ne suis pas venu ici pour plaire, pour vendre quoi que ce soit à qui que ce soit, ô nullités / Vendredi s'étiolant & mourant dans la solitude de son île n'a rien à fourguer au Gogo triomphant qui règne sur cette planète de l'autre côté des grandes eaux de l'existence / je suis contre, je suis l'opposant, je suis celui qui sait, dans la fibre, à l'os, jusqu'à la moelle & jusqu'au nerf de mes nerfs, jusqu'au trognon / cette mission est en moi, ce programme, & toute ma vie, cette belle horreur, n'en est que la patiente & douloureuse réalisation / qui pour me braquer ? / je les maudis, tous, de naissance, & je maudis la vie, & je me maudis moi-même / je peux crever, ils ne peuvent rien contre moi / tout le reste n'est qu'anecdote, cinq à sept, poudre au vent, billevesée, dentifrice pour édentés  / je me fous bien de perdre ma « vie », comme ils disent, je suis irréductible, & c'est gagné, c'est déjà gagné, je vieillis déjà comme ça depuis longtemps, depuis toujours / tue-moi, petit homme, je suis prêt / je n'ai peur de rien ni de personne / j'ai compris, j'ai conquis & j'ai domestiqué cette grandiose gratuité du néant que je suis dans l'œil indifférent & implacable de l'Absolu / ma sale conscience te jugera infiniment, grotesque, infâme, sale être vivant, & je t'enculerai éternellement jusqu'à la fin de toutes les éternités / je sais pourquoi je meurs & ce n'est ni pour te plaire ni pour plaire à ceux de ta harde, Homme de si peu, colossal étendard de la Niaiserie / allez, amène-toi, esclave, approche, si tu l'oses, come to Papa, foutriquet, calamité, rot du Rien, prétendu, fausse couche, superflu, désert, viens, que je te fesse avec ton consentement, cosmique insignifiant

 

samedi, 12 juin 2010

15/7/74

il y a cette souffrance stupide, bornée, laide, insignifiante, banale, qui est celle d'être du vivant, & il y a cette joie puissante, profonde, brutale, obscène, animale, qui est celle d'être du vivant, il y a cette souffrance & il y a cette joie, il est impossible de choisir, & c'est ce qui est intolérable