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vendredi, 15 janvier 2010

8/10/93

assise dans le gros fauteuil brun (c'est celui qu'elle préfère), la Dame blanche tire sur sa pipe avec cette tête d'ange sarcastique que je lui connais si bien / elle me regarde faire les cent pas derrière le nuage de fumée grise tandis que l'automne & la nuit assassinent la ville de l'autre côté de la vitre / le silence est total, ici, c'est à croire que nous sommes enfermés tous les deux dans une grosse boule d'ouate à l'intérieur de laquelle le temps lui-même n'arrive pas à s'infiltrer / la Dame blanche dit : « vous savez, de mon point de vue... » / la Dame blanche m'a toujours vouvoyé / je sais ce qu'elle pense & je suis d'accord avec elle / du point de vue de la Mort... / je me sers un autre verre de vodka / j'étais en train de réfléchir à ces mots, nation, pays, peuplades, & je me disais : les hommes peuvent bien prendre les masques qu'ils veulent, ou ceux qu'ils peuvent, ça n'a pas la moindre importance, au fond / « oui », dit la Dame blanche, « laissons-les s'agiter & s'étourdir puisque cela les divertit / après tout, la vie n'est qu'un noir carnaval qui ne dure jamais que le temps d'une nuit - & comme il n'y a pas d'aube au bout de la nuit... / que vos congénères tournent leurs masques les uns contre les autres, si cela les amuse / mais vous savez comme moi qu'un masque n'est pas constitué que de sa seule surface extérieure / abandonnons cette surface bariolée aux sauveurs de la Race, aux agitateurs publics & aux démagogues, & occupons-nous plutôt, vous & moi, de la Concavité du Masque » / je ne trouve rien à lui répondre / j'allume un autre petit cigare / la concavité du masque ? / c'est vrai, il n'y a rien derrière le masque, rien, sinon sa propre concavité / la Dame blanche éclate de rire / « très bien, très bien ! », dit-elle, & elle ajoute : « poursuivez, je vous prie / nous avons encore toute la nuit devant nous, n'est-ce pas » / elle a bien raison / la Dame blanche a toujours raison, je le sais / c'est mon métier de le savoir

Commentaires

Réveille toi mec.
Cordialement.

Écrit par : RIVA Luigi | samedi, 16 janvier 2010

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