Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 22 mars 2010

12/6/84

(la dernière chose que j'ai envie de noter ici, cette nuit, je la note au milieu du mobilier qui s'empile en désordre & des boîtes de carton où s'entasse mon court barda de branlant combattant de l'existence, ou de l'inexistence, comme on voudra / demain je quitte la rue Fabre pour être enfin seul chez moi) / la grande aventure de ma vie a été de cesser d'être innombrable / la souffrance, c'est la confusion, la confusion le nombre / je suis un grand blessé de l'innombrable / j'ai souffert toute ma vie du nombre, comme si j'avais été un couteau dans le tiroir aux ustensiles de tous les lieux où j'ai vécu / oui / vois-tu, l'écriture c'est une adolescente comme toutes les autres qui commence par noter ce soir-là qu'elle se sent triste & seule / ça n'a l'air de rien, bien sûr, mais voilà peut-être sa chance de sortir de l'innombrable / très peu la saisissent / alors ils sont broyés / à quinze, seize, dix-sept ans, souvent même longtemps avant, en fait, c'est fini, ils font nombre / oui / j'ai cette idée qu'on ne peut pas vraiment être quelqu'un là où on est né, dans ça au milieu de quoi on a été jeté / il faut un arrachement, toujours, pas une intégration / celui qui ne s'arrache pas reste les autres toute sa vie / c'est tant mieux ou tant pis pour lui / il fait nombre & il fait chier / il fait chier les gens comme moi, qui ne sont pas du nombre

Écrire un commentaire