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vendredi, 09 avril 2010

13/1/82

nous voici encore seuls / un nouvel appartement, encore, un autre taudis, rue Garnier / ma femme en allée avec un postier qui bégaye & tous les petits pots d'épices / & puis l'hiver & la nuit & le désespoir à la fenêtre / oh, oui, oui / ces nuits d'hiver sont si terriblement lourdes & longues & immobiles / on en éprouve la sensation physique d'être englouti pour toujours au fond des mers, comme une créature inutile condamnée à suffoquer dans une Atlantide qui vomit la vie / l'enfer existe, il est réel, il est là, je suis dedans / c'est cette colossale épaisseur de nuit qui s'est saisie de la ville & qui la tient pétrifiée sous la chape d'air glacé, dans un écrasant mélange de noir & de blanc, immensément dense / on n'entend même plus les fantômes gratter de leurs ongles sales la brique des murs & les trappes des caves / impossible pour eux de se glisser dans les maisons scellées, de venir déposer en nous le souvenir d'un visage jadis aimé / ils s'en sont allés s'enfouir, les pauvres, les bons fantômes, encore plus profondément que les bêtes des bois, tout contre le ventre de la terre, ils nous ont abandonnés à nous-mêmes au milieu de nos villes absurdes, avec des autos aux moteurs gelés & de grands arbres statufiés qui ont des craquements de cercueils, & nous voilà seuls, à présent, bien seuls, tout enténébrés par la nuit de glace qui recouvre tout, comme une mer, comme la mort / pourtant les aiguilles tournent toujours / l'horloge change de face, presque sans le laisser voir, au rythme des mondes qui roulent dans l'espace vide & stupide, emportés dans leur énorme giration / & moi qui regarde & qui pense tout cela, comme au cœur d'un invivable pays qui s'appellerait la Vie, je ne trouve rien d'autre à me dire que ces mots pleins de tristesse / non, ce n'est pas encore cette nuit que tu oublieras tout ce qu'il te reste à te prouver à toi-même au point d'éteindre la maudite lumière

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