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lundi, 12 avril 2010

26/7/81

très vite, le monde s'est encombré de visages inutiles / j'ai passé mon temps à les chasser, à les quitter, & maintenant je suis un peu comme il était à la fin, lui, je suis un homme seul qui fume en regardant par la fenêtre / mais je ne suis pas comme lui, je suis plus fort que lui / l'endroit où il a fini par choir, blessé à mort, ses rêves cassés se riant de lui, cet endroit désolé, qui ne l'est pas pour moi, est celui que j'ai toujours voulu habiter / son échec ne me touche pas, il ne m'émeut pas / j'étais enfant que déjà je connaissais l'inanité du miroir aux alouettes qui l'étourdissait / j'ai grandi loin de lui en le regardant s'amuser avec des jouets dont je ne pouvais pas ne pas me désintéresser / l'enfant, c'était lui, de nous deux j'étais le plus grave / il y a une certaine souffrance à devoir nous faire par la négative, contre ce que nous ne sommes pas, alors qu'on ne nous apprend pas à être ce que nous sommes / les enfantillages de cet homme ne m'ont jamais laissé que les beaux paysages de toutes les tristesses où déployer ma gravité native / contre le vide de son insignifiance, j'ai toujours préféré habiter la tristesse, celle des étés désœuvrés de l'adolescence, celle des longues nuits d'hiver données au vin & aux réminiscences, celle aussi des jours passés à l'école où je réussissais trop bien & des dimanches après-midi de mon enfance que j'aimais solitaires  / être triste, c'est la seule façon qu'il m'a donnée de ne pas être lui / non, c'est la seule façon que je me suis donnée, moi, de ne pas être lui / plus je comprends l'homme que je suis, l'homme que j'étais & que je suis devenu, & plus je les emmerde, lui & son monde d'évidences trop claires où je me suis toujours senti suffoquer & où il n'a rien su faire d'autre que d'aller mourir comme une bête absurde, comme un Américain sans cervelle / ils auraient dû l'enterrer dans son char comme le barbare qu'il était, le pauvre homme

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