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lundi, 19 avril 2010

2/4/79

il y a cette image dans mes yeux tout à coup, je vois un paysage gris, je vois la mer & un ciel voilé, encombré de poussière, un ciel sans soleil, &, sur le rivage, ces corps vêtus de complets sombres & de chemises blanches, les larges cravates dansant comme des serpents noirs, indolents, sur les cadavres gris, à la surface de l'eau, au gré des vagues battant la grève, & tout autour des corps boursouflés, sur le sable & dans l'eau, des fauteuils capitonnés & des lampes cassées, des téléphones absurdes, des stylos perdant leur encre & des sous-main déchirés & de grands livres aux pages chargées de colonnes de chiffres se décomposant dans l'eau de la mer & des claviers broyés & ce qui, dans le clair-obscur, ressemble aux débris dérisoires d'antiques machines à calculer, & de longues chevelures d'algues agitées défigurant certains cadavres, des chevelures de femmes portant l'uniforme & que le naufrage a emportées dans la mort aussi, & dans le ciel pourtant si vaste, dans le morne ciel vengeur, aucun son, aucun mouvement, aucun oiseau, aucune vie, rien que le gris des nuages & leur immobilité toujours menaçante, au-dessus du grand navire éventré

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