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dimanche, 06 juin 2010

7/2/75

belle

poignard de plume

sur mon après-midi

 

samedi, 05 juin 2010

22/3/75

j'aime cet homme qui est mon père & pourtant cet homme souffre comme une bête blessée hors saison, au beau milieu de la vie, son cœur est un boulet plein de fulgurances cruelles qui lui fait des misères depuis des années, c'est l'obstacle contre lequel il trébuche de plus en plus souvent & qui le fait tomber toujours un peu plus bas, toujours un peu plus près de la terre, toujours un peu plus près de la mort, la roue de son existence tournant de plus en plus lentement & sans cesse se rétrécissant, mon Dieu, cet homme qui n'a pas encore cinquante ans est en train de mourir à petit feu sous nos yeux, désespérément, & rien ni personne n'y peut rien, ni lui, ni moi, ni aucun d'entre nous

vendredi, 04 juin 2010

12/4/75

avril, déjà / quelles drôles de journées / quelle drôle de vie / je me suis fait la petite vierge aux grands yeux gris, si jeune, si innocente, si regardable, dans l'appartement de ses parents, de l'autre côté du pont, à Cartierville / ma première / (je savais qu'elle était vierge, je l'avais deviné, je l'avais vu dans ses sourires, dans son visage, dans ses yeux) / & maintenant je regarde couler la rivière des Prairies au café du collège (le café «Le Provisoire ») parmi toute cette bande de singes hurleurs qui m'emmerdent par-dessus la tête & je bois une bière & je regrette / (mon Dieu, son visage si beau, si rond, sur le pont, en pleine lumière) / je l'ai fait pcq je pouvais le faire & que c'était sans avenir & que je me foutais bien de tout détruire & de lui briser le cœur / non, je l'ai fait pcq je suis un bon à rien & qu'elle s'en serait rendue compte bien assez vite / aussi bien en profiter pendant que je la tenais, aussi bien en finir / je l'ai fait par pure méchanceté / je veux tout salir, tout saccager / (j'en aurais long à dire, je deviens fou d'alcool & de sexe & de violence dans l'appartement du blvd Lévesque avec la Bûche & les petites femmes & l'incessante procession des incessants buveurs de bière, fou dans cette chambre que j'ai peinte tout en blanc, le plancher, les murs, les meubles, le plafond, tout) / (Grand Roman Noir Dans La Chambre Blanche) / ASSEZ / je ne la reverrai plus, je le jure / (peut-être juste une dernière fois) / (mais pas plus, c'est juré) /

jeudi, 03 juin 2010

19/4/75

ma chère, il y a entre Popeye & Olive Oil tous les combats que celui-ci peut imaginer pour gagner celle-là

mercredi, 02 juin 2010

8/6/75

se lever bien bravement

bien stupidement

encore tout bavant d'absence

se remettre debout dans l'horloge maudite

livré au monde au jour

à l'hébétude au temps

sortir & s'en aller claudiquer gauchement

dans le matin sinistre

s'en aller traîner son corps encombrant

& cette chose rampante & molle

l'ombre qui s'étire sur la face de la terre

comme une âme primitive & noire

témoin de l'opacité d'un être

que la lumière ne percera jamais

être chassé là-bas où il y a du bruit

& des gens & des petits chefs

& de l'argent & de la vitesse

& des croix sanglantes & des tableaux noirs

& des chiens qui hurlent

& des bébés bleus

arrachés d'un cosmos d'entrailles silencieuses

mon Dieu

pour qui

pour quoi

 

mardi, 01 juin 2010

16/6/75

écouter seul la nuit

longtemps

assis dans l'obscurité

dans la chaise de jardin

écouter l'obscurité

derrière la maison du père

dans la cour gazonnée

les yeux fermés

étendu

les yeux ouverts

dans la chambre

sur le dos

dans le lit

écouter sous les arbres

le feuillage

écouter le vent

l'imperceptible

l'énorme friction des mondes

roulant dans l'espace

sécrétant le temps

écouter le temps sécrété

la giration

des gigantesques sphères

de matière

écouter le temps s'écouler

goutte à goutte

dans l'Univers

l'Insecte aux milliards d'antennes

dressées dans la nuit

l'éternelle stridulation

comme le bruit des mondes

pulsant dans la pâte fluide

du temps

écouter s'écouter

être l'Insecte sur la terre

dans la nuit du monde

dans la nuit du Temps

 

lundi, 31 mai 2010

10/7/75

dehors c'est Ning-Po & les sampans & les jonques sont amarrés aux trottoirs de bois battus de pluie, les nattes, le bambou, les voiles bruissent dans l'air vibrant, fragiles, & sur les voitures d'eau les doigts des vieux Chinois hobos raclent le grain au fond des bols fendillés, la lampe est odorante, l'odeur paraffinée tisse l'intérieur moelleux, épais, qui absorbe le geste, & les femmes aux yeux de demi-lune mêlent leur odeur à celle du thé, elles sourient & disent des mystères, entre la table basse & la litière, & leur fine chevelure de nuit fait des froissements secs sur la soie sombre que, sans doute, elles doivent porter, & dans l'ombre immobile une enfant tient la longue pipe brûlante de l'étranger & l'étranger aussi est ténébreux, deux ceintures de balles se croisent sur sa poitrine & sa photographie se décompose sur les murs de la ville, & derrière lui, sur la paroi qui craque, l'icône iconoclaste est un étrange palimpseste incompréhensible / dehors, c'est Ning-Po ?