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dimanche, 13 juin 2010

3/7/74

je suis né métaphysicien, pour ma gloire & mon plus grand malheur / ils ont toujours cherché à m'embrigader dans les armées de la vie, à faire de moi un animal socio-admiratif, récréo-stimulable, psycho-émasculinisé, économico-consentant, politico-godiche & déliroïdo-participatif / si j'étais du genre « écrivain » je romaniserais, je n'en ai rien à branler, naturellement, alors je peux bien le dire tout de suite & une fois pour toutes : ils ne peuvent rien contre le petit crétin gigantesquement réfractaire que je suis / il existe quelques spécimens de ma race en ce monde & j'ai le profil bas de cette espèce de détraqués nauséabonds, puants à l'Univers / je fais un assez considérable caca sur toute littérature, je ne suis pas venu ici pour plaire, pour vendre quoi que ce soit à qui que ce soit, ô nullités / Vendredi s'étiolant & mourant dans la solitude de son île n'a rien à fourguer au Gogo triomphant qui règne sur cette planète de l'autre côté des grandes eaux de l'existence / je suis contre, je suis l'opposant, je suis celui qui sait, dans la fibre, à l'os, jusqu'à la moelle & jusqu'au nerf de mes nerfs, jusqu'au trognon / cette mission est en moi, ce programme, & toute ma vie, cette belle horreur, n'en est que la patiente & douloureuse réalisation / qui pour me braquer ? / je les maudis, tous, de naissance, & je maudis la vie, & je me maudis moi-même / je peux crever, ils ne peuvent rien contre moi / tout le reste n'est qu'anecdote, cinq à sept, poudre au vent, billevesée, dentifrice pour édentés  / je me fous bien de perdre ma « vie », comme ils disent, je suis irréductible, & c'est gagné, c'est déjà gagné, je vieillis déjà comme ça depuis longtemps, depuis toujours / tue-moi, petit homme, je suis prêt / je n'ai peur de rien ni de personne / j'ai compris, j'ai conquis & j'ai domestiqué cette grandiose gratuité du néant que je suis dans l'œil indifférent & implacable de l'Absolu / ma sale conscience te jugera infiniment, grotesque, infâme, sale être vivant, & je t'enculerai éternellement jusqu'à la fin de toutes les éternités / je sais pourquoi je meurs & ce n'est ni pour te plaire ni pour plaire à ceux de ta harde, Homme de si peu, colossal étendard de la Niaiserie / allez, amène-toi, esclave, approche, si tu l'oses, come to Papa, foutriquet, calamité, rot du Rien, prétendu, fausse couche, superflu, désert, viens, que je te fesse avec ton consentement, cosmique insignifiant

 

samedi, 12 juin 2010

15/7/74

il y a cette souffrance stupide, bornée, laide, insignifiante, banale, qui est celle d'être du vivant, & il y a cette joie puissante, profonde, brutale, obscène, animale, qui est celle d'être du vivant, il y a cette souffrance & il y a cette joie, il est impossible de choisir, & c'est ce qui est intolérable

vendredi, 11 juin 2010

11/8/74

l'Univers t'est hostile, il te résiste, donc tu penses, tu questionnes, tu cherches à comprendre / d'où vient le feu ? qu'est-ce que c'est que le feu ? / à force de te gratter le crâne, un jour viendra où tu t'en iras tâter un peu l'atmosphère martienne à coups de sondes fabuleuses, histoire d'avoir d'autres questions à te poser, pour connaître encore, encore plus, toujours plus, toujours / tu n'es qu'un triste étranger en ce monde, petite tête, & c'est très bien comme ça, c'est une raison suffisante pour que tu entreprennes de t'y adapter tout en le façonnant selon tes besoins, tes désirs & ton bon plaisir / en cours de route, tu seras bien obligé d'inventer tous les savoirs, toute la connaissance, & une fois lancé sur ce chemin-là, rien ne t'arrêtera plus jamais / la nécessité de connaître te fera renaître au monde encore & encore, dans l'inépuisable pluralité des questionnements & des découvertes / quand tu auras créé des villes titanesques où la richesse des poubelles suffira à t'alimenter, tu t'arrangeras encore pour inventer autre chose, d'autres philtres magiques pour ta soif de connaissance, quelque chose d'aussi cocasse qu'une petite pilule colorée, tiens, qui te fera péter la cervelle en cent mille miettes / tu t'amuseras ensuite à ramasser les morceaux & à les remettre en place, dans l'ordre ou dans le désordre, comme tu voudras, puisque ta fonction est de faire & de défaire des puzzles, les grands, les petits, l'atome, l'Univers, toi-même, à l'infini

jeudi, 10 juin 2010

13/9/74

un vague ami, ardent péquiste, me disait récemment, tandis que nous pissions côte à côte dans les toilettes de la brasserie : « quand nous aurons pris le pouvoir, les gars comme toi nous allons tous les faire fusiller »

mercredi, 09 juin 2010

3/10/74

carnet gris, doux ennui // voyages au pays absent, à l'abri du mouvement // devant un fleuve, des oiseaux dedans leurs yeux, les vieux, sur des bancs / autour, c'est un doux mirage habité / le Chien d'or fait appel à cette problématique, qui est simple, si l'on veut / cité chaude, ou froide, véhicule des mémoires / trop vastes mémoires que l'on n'a pas / inspirations // distribué par bandes de chaleur disloquées, pivotant pour disparaître, pour apparaître, un paysage soufflé de gris / plus bas, les voiles dans l'eau, des bateaux de papier & des insectes / dans tous les étages du plan multiple, robes & crinières font en se froissant des éclaboussures colorées // de longs tunnels dans les chairs talqueuses des musiques, la veillée venue & le rideau tiré / l'ivresse était-elle plus vraie, plus neuve ? / nous étions de grands oiseaux philosophes, caressant d'ingénieuses délicatesses / le lendemain, tout étonnait un peu plus, au sortir du tombeau

mardi, 08 juin 2010

19/12/74

(après la

nuit de

beuverie au

chic Hôtel

Chomedey)

/ chienne enculée

mangeuse de graine

dans la chambre

rouge /

 

lundi, 07 juin 2010

8/1/75

je viens d'emménager avec elle / elle, l'Irène / il faut bien vivre quelque part, n'est-ce pas / l'Irène, je l'appelle « ma bûche » pour la faire chier & ça la fait rire, la pauvre / va savoir / elle a trouvé ce taudis sur le blvd Lévesque l'été dernier, à deux pas de l'Hôtel Chomedey / j'y ai déjà fait quelques cochonneries, comme ça, en passant, j'y ai déjà quelques souvenirs / je me soûlais la gueule au Saint-Georges allongé de ginger ale, hier soir, tout seul, comme un grand, à la vieille table en bois de la cuisine, histoire d'occuper bien bravement les lieux / elle est rentrée, elle s'est mise à pinter avec moi, la salope, ensuite nous nous sommes bien frottés, comme d'habitude / un jour, l'automne dernier, je lui ai dit : « je suis contre le chemin de croix qu'il faut pour aimer » / elle n'a rien dit, elle a ri, elle rit tout le temps, l'Irène / nous étions en train de boire dans l'Appartement Jaune de la 70e Av., ensuite nous nous sommes bien frottés, comme d'habitude / voilà, c'est tout / c'est cool, mettons