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vendredi, 16 avril 2010

28/3/80

à sainte-marguerite-du-lac-masson

cette nuit j'ai marché nu & botté

halluciné

sous la neige bleue

avec mon chien dansant

mon chien rémy martin

& une bouteille de beaujolais

& un vieux cigare éteint

tandis que les femmes

pleines de bière & de spermatozoïdes

& de ragoût de pattes de porc

ronflaient à l'intérieur du chalet

& que l'univers se disloquait

délicatement

tout autour de moi

 

jeudi, 15 avril 2010

16/10/80

cet après-midi je n'ai croisé qu'une seule vraie belle femme durant les deux heures que j'ai passées à marcher seul sous la pluie, rue Beaubien, rue Saint-Hubert, rue Saint-Zotique, rue de Lanaudière, & je me suis surpris à penser que j'avais trouvé cette femme belle à cause de la maturité de son visage & je l'ai suivie un temps dans les rues mouillées en bandant doucement / je n'ai pas encore trente ans / Caroline n'a pas encore vingt-cinq ans / ce sont les vieilles salopes qui m'excitent le plus à présent, celles qui sont encore juteuses & pimpantes & coquines & pulpeuses / il y en a, il y en a / il y a la petite coquette en bottines de cuir noir que je vois rôder dans les parages avec son sac à main & ses jambes fines & ses bas blancs lustrés & son manteau rouge, aux abords du Marché Jean-Talon / il y a l'autre, la colorée au bibi assorti à son manteau « léopard », qui est si vive, si exubérante & toujours grimée comme un clown, une authentique exhibitionniste de music-hall, très certainement une ancienne pute (la pute d'autrefois, la vraie cochonne au grand cœur, joyeuse, délurée, qui aime les mâles bien membrés & les grandes claques sur les fesses & la boisson forte & la fête & le rire - pas la grue maigrelette d'aujourd'hui qui traîne sa misère de vivre & son mal de dent & sa seringue de merde dans les ruelles au milieu des poubelles) / l'idée de me taper ce genre de femelles m'excite extraordinairement (même si j'ai toutes les petites poulettes que je désire / les bars sont faits pour ça, après tout / & ma belle Caroline, qui ne se doute de rien / Caroline qui travaille la nuit / ô mon Dieu, merci) / être bien sucé, faire la chose à quatre pattes, etc. / il ne faut pas attendre d'être vieux pour fourrer des vieilles, autrement c'est l'amour chez les monstres & alors c'est laid & c'est triste & c'est inintéressant / c'est le ghetto, en somme

mercredi, 14 avril 2010

13/11/80

ce n'est pas la nation qui est plus grande que l'individu, c'est la connaissance

mardi, 13 avril 2010

23/12/80

Hugh Hefner est l'homme que j'admire le plus au monde

lundi, 12 avril 2010

26/7/81

très vite, le monde s'est encombré de visages inutiles / j'ai passé mon temps à les chasser, à les quitter, & maintenant je suis un peu comme il était à la fin, lui, je suis un homme seul qui fume en regardant par la fenêtre / mais je ne suis pas comme lui, je suis plus fort que lui / l'endroit où il a fini par choir, blessé à mort, ses rêves cassés se riant de lui, cet endroit désolé, qui ne l'est pas pour moi, est celui que j'ai toujours voulu habiter / son échec ne me touche pas, il ne m'émeut pas / j'étais enfant que déjà je connaissais l'inanité du miroir aux alouettes qui l'étourdissait / j'ai grandi loin de lui en le regardant s'amuser avec des jouets dont je ne pouvais pas ne pas me désintéresser / l'enfant, c'était lui, de nous deux j'étais le plus grave / il y a une certaine souffrance à devoir nous faire par la négative, contre ce que nous ne sommes pas, alors qu'on ne nous apprend pas à être ce que nous sommes / les enfantillages de cet homme ne m'ont jamais laissé que les beaux paysages de toutes les tristesses où déployer ma gravité native / contre le vide de son insignifiance, j'ai toujours préféré habiter la tristesse, celle des étés désœuvrés de l'adolescence, celle des longues nuits d'hiver données au vin & aux réminiscences, celle aussi des jours passés à l'école où je réussissais trop bien & des dimanches après-midi de mon enfance que j'aimais solitaires  / être triste, c'est la seule façon qu'il m'a donnée de ne pas être lui / non, c'est la seule façon que je me suis donnée, moi, de ne pas être lui / plus je comprends l'homme que je suis, l'homme que j'étais & que je suis devenu, & plus je les emmerde, lui & son monde d'évidences trop claires où je me suis toujours senti suffoquer & où il n'a rien su faire d'autre que d'aller mourir comme une bête absurde, comme un Américain sans cervelle / ils auraient dû l'enterrer dans son char comme le barbare qu'il était, le pauvre homme

dimanche, 11 avril 2010

9/8/81

qui sait

peut-être l'Homme

a-t-il été mis sur cette planète

pour la détruire

après tout

 

samedi, 10 avril 2010

20/8/81

c'est assez étrange / contrairement au rouge, par exemple, qui me parle tout à fait franchement, d'une manière parfaitement intelligible, le vert est une couleur que je n'arrive pas à comprendre, même à l'âge que j'ai aujourd'hui / (j'ai repeint en rouge le mur du fond de mon cabinet de travail, cette semaine / un rouge vigoureux, musclé, probant / les amis de la Caroline avec qui je vis ici ont dit que j'étais fou / ils ont peut-être raison / je dois avoir le cerveau rouge) / (& puis ils veulent tous me la voler & j'ai bien envie de ne pas les contredire)

vendredi, 09 avril 2010

13/1/82

nous voici encore seuls / un nouvel appartement, encore, un autre taudis, rue Garnier / ma femme en allée avec un postier qui bégaye & tous les petits pots d'épices / & puis l'hiver & la nuit & le désespoir à la fenêtre / oh, oui, oui / ces nuits d'hiver sont si terriblement lourdes & longues & immobiles / on en éprouve la sensation physique d'être englouti pour toujours au fond des mers, comme une créature inutile condamnée à suffoquer dans une Atlantide qui vomit la vie / l'enfer existe, il est réel, il est là, je suis dedans / c'est cette colossale épaisseur de nuit qui s'est saisie de la ville & qui la tient pétrifiée sous la chape d'air glacé, dans un écrasant mélange de noir & de blanc, immensément dense / on n'entend même plus les fantômes gratter de leurs ongles sales la brique des murs & les trappes des caves / impossible pour eux de se glisser dans les maisons scellées, de venir déposer en nous le souvenir d'un visage jadis aimé / ils s'en sont allés s'enfouir, les pauvres, les bons fantômes, encore plus profondément que les bêtes des bois, tout contre le ventre de la terre, ils nous ont abandonnés à nous-mêmes au milieu de nos villes absurdes, avec des autos aux moteurs gelés & de grands arbres statufiés qui ont des craquements de cercueils, & nous voilà seuls, à présent, bien seuls, tout enténébrés par la nuit de glace qui recouvre tout, comme une mer, comme la mort / pourtant les aiguilles tournent toujours / l'horloge change de face, presque sans le laisser voir, au rythme des mondes qui roulent dans l'espace vide & stupide, emportés dans leur énorme giration / & moi qui regarde & qui pense tout cela, comme au cœur d'un invivable pays qui s'appellerait la Vie, je ne trouve rien d'autre à me dire que ces mots pleins de tristesse / non, ce n'est pas encore cette nuit que tu oublieras tout ce qu'il te reste à te prouver à toi-même au point d'éteindre la maudite lumière

jeudi, 08 avril 2010

23/5/82

ah, la fausse intimité que deux animaux rutilants croient s'être donnée en se léchant bien consciencieusement & bien réciproquement les organes génitaux, au creux d'un divan plus ou moins moelleux, à Montréal, une nuit de printemps, après avoir échangé un minimum de signes, dans un endroit public où on vend des boissons alcoolisées & qui s'appelle Passeport, Secrets ou L'Imaginaire / c'est un voyage dans l'imaginaire, en effet / au fond, ce n'est pas vrai que tu n'es plus seul dans ces moments-là, ce n'est pas vrai que tu n'es plus seul de cette façon-là, en tout cas / ce sont les rencontres illusoires qui font de toi un solitaire, ce sont ces fausses intimités qui, pour être possibles, te demandent de te départir de l'intimité réelle que tu entretiens avec toi-même & qui est si longue à s'ouvrir à la différence de l'autre / ce n'est pas vrai que je suis seul, c'est plutôt que, parfois, je ne suis pas preneur, & c'est aussi que, parfois, mon étrangeté arrive à me faire peur / un ami d'un ami a brillamment posé le problème un soir où il a dit : « je me sens seul quand je sens que je dois faire semblant de ne pas être seul »

mercredi, 07 avril 2010

6/7/82

c'est une petite prof aux grands pieds & à l'entrejambes beaucoup trop buissonneux, une petite prof qui « enseigne » ( ! ) la littérature au collège & qui « baise » ( ! ) comme un canard boiteux, qui m'a prêté, Dieu sait pourquoi (ah, l'image de défoncé que j'ai ! ah, l'Eddie Constantine du Plateau Mont-Royal que je suis ! « cigarettes, whisky & petites pépées » ! cocaïne, narguilé ! etc. !), un livre d'Ernst Jünger, Approches, drogues & ivresses, dans lequel j'ai lu ces mots qui se sont promenés dans ma tête toute la journée : « [...] nous prenons part à un effritement des symboles / rares sont les puissances qui lui résisteront - peut-être seulement la Mère », jusqu'à ce que je pense (ah ! la pensée ! haschisch, bourgogne ! masturbation ! etc. !), il y a un instant : eh bien, tout ça veut peut-être simplement dire qu'il est devenu urgent de tuer la Mère & toutes les petites profs de littérature aux grands pieds qui baisent comme des canards boiteux / la Mère morte, vive la Salope au Con Éclaté, la Ravaleuse de Sabre éternellement Stérile, Inféconde & Vide, la Fossoyeuse de nos Amours, un tube de rouge à lèvres planté dans le cul & une pinte de tequila vissée au bout du bras, bonasse, crevasse, connasse, vive la Femelle Qui Ne Sert Plus À Rien Du Tout Dans Le Rien Du Tout De Son Être-Là, la Matrice En Allée ! / (entre-temps quelqu'un pourrait-il aller assassiner Ernst Jünger s.v.p. ? / merci) (& bonne nuit) (maintenant je dois partir, je m'en vais, je sors, je dois m'en retourner dans le Bar du Monde chercher la Femme Sans Le Trou Aimant L'Homme Sans le Sou !) (pas l'infibulée mais la femme sans fente !!!) (ô Africains !) (comme c'est drôle !... ah, c'est vraiment drôle !...) (les femmes ne sauront jamais à quel point c'est drôle d'être un homme) (drôle - je veux dire : amusant) (on peut avoir de grands pieds, etc.) (& pas de fente) (ne pas pondre) (ne pas répondre) (enfanter) (quel repos) (bref...) (sérieusement, je dois y aller, maintenant...)