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mercredi, 03 février 2010

2/1/90

tu devras me tuer

pour m'empêcher de mourir

 

mardi, 02 février 2010

30/8/90

c'est une équation, tu vois, je vis dans les équations, moi, comme tout le monde, c'est de la mathématique, tu prends tout le petit peuple, tout l'infâme peuple, tout le quartier, tu le jettes dans l'Avenue du Mont-Royal, juste sous ma fenêtre, c'est ce qu'ils appellent la « Vente-Trottoir », mon vieux, pour dire que ça se passe dans la rue, essaye un peu de comprendre si tu le peux, bref c'est la fête, la folle fête à dollar, le carnaval de la camelote, fin août, un blé d'Inde gratis par tête de pipe, toute la tourbe bedonneuse te déferle dans l'Avenue barrée aux moteurs, toute la sombre engeance, la puissante calamité, ramassée là, à baver en plein air, mes si fiers frères humains, mes miraboliques semblables en connerie, béant de la gueule, bêlant, rotant, auréolés de sueur, la relish-moutarde plein les commissures, à quêter l'aubaine, à se courber, à se prosterner bien bas pour mieux se faire enculer, badauds d'eux-mêmes, inutiles, en queue de chemise, en bobettes, à processionner par milliers, à téter la dernière goulée du soleil d'été avant que l'automne vienne leur chier dessus, il manque rien que Michèle Tremblay dans cette « colique du Plateau Mont-Royal », quelle horreur, les gens, le flot, la multitude, l'inépuisable, moi cloué dans mes draps gris, condamné à subir le grouillement, les cris, de mon grabat j'entends le Chantre du Peuple qui s'égosille à glotte que veux-tu, déchaîné, irrépressible, au coin des rues Mont-Royal & Marquette, « Mon beau rêêêêê-êveuuu !... », rien à faire, pour qu'il ferme sa gigantesque gueule il faudrait lui arracher la tête, la jeter dans le broyeur à déchets, il doit avoir au moins soixante-dix ans, l'animal, il est pas contenable, il s'entend plus lui-même, il s'est défoncé les tympans à force de pousser, de quatre heures de l'après-midi jusqu'à neuf heures du soir il se décarcasse dans l'enthousiasme le plus délirant, il s'époumone comme un titan soûl à s'en avaler les dentiers, pour griser de bas bonheur le roi Consommateur, toutes les ritournelles y passent, toutes, les populaires, les poissonneuses, les guillerettes, dans le tordeur de l'orgue du barbare, ça jute à plus finir en grande avalanche de postillons, de la plus gaspésienne des odes à la morue à la plus oubliée des rinçures d'avant le Déluge, trois jours sans dérougir, tant que ça s'agglutine & que ça claque des mains & que ça gigue en hordes autour de la « vedette », il nous braille ses couplets de cauchemar dans un faramineux micro, le redoutable, les vitres de l'hôpital Notre-Dame en gondolent, cinq rues plus loin, les verres de Labatt 50 se promènent tout seuls sur les tables, au Bar Frontenac, à deux milles d'ici, tellement la Voix te transperce tout, on comprend rien de ce que le maudit fou s'égosille, par exemple, peut-être qu'il se prend pour Oscar Tiffault, peut-être que c'est lui-même en personne aussi, ou bien il chante en argot arménien, en swahili, en nouveau-zélandais, la peuplade s'en torche, elle, il y a rien à comprendre, c'est la fête, c'est la « Vente-Trottoir », mon ami, en camisole, en bretelles, en bedaine, les vieilles fêlées du chaudron évadées de leurs gourbis, la bottine en l'air dans la foule terrible, le Pepsi dans les lunettes, les enfants estomaqués qui se grattent le cul, les parents qui se décrottent le nez, les marchands qui te martèlent le boniment, les chômeuses en    « hot pants » comme des vaches lascives, les prestataires tatoués, les obèses à varices pétries dans les amas de manteaux, les négresses à ballounes remplies de crème glacée au caramel, les Chinoises en parchemin jaune qui sortent jamais de leurs bols de riz, toute la damnée camelote en raz-de-marée à pleine rue, un typhon d'individus, tout Maxi & Courval-la-Brassière & la Grange du Tapis à ciel ouvert, au milieu des melons, des godasses, des moustaches, des montres en plastique, des bouffons pas drôles, des bouilloires à sonnette, des multi-vitamines, des fausses couches ambulantes, par tombereaux entiers, toute l'arche de Noé, la bamboula fantastique, le cyclone dans l'artère, l'épilepsie collective, bien mousseuse, bien convulsive, l'enfer infernal à vous rendre heureux, quasiment reconnaissant, en somme, de pas en être, vraiment, le camp de la mort a des avantages, on peut plus sentir les vivants & leurs etc., c'est mathématique, tu vois, c'est comme ça que ça se passe, c'est ça qui est ça, que veux-tu

lundi, 01 février 2010

1/3/91

fuck ! je ne sers à rien !

dimanche, 31 janvier 2010

25/11/91

tout le monde est intelligent, ou presque - presque intelligent - , mais personne ne l'est assez pour parler de la vie, pcq personne ne possède toute l'intelligence de la vie, de toute la vie, avant d'être mort / la mort est le point de vue le plus fertile à partir duquel il est possible d'envisager la vie / le reste, tout le reste, est du domaine de la liberté, que nous n'avons pas / dès qu'un homme s'assoit pour écrire, par exemple, il cesse d'être libre, & non l'inverse / etc. / (écrit à 3 heures du matin devant un miroir & une bougie noire) /

 

samedi, 30 janvier 2010

30/11/91

j'aime toutes les formes d'autorité : elles peuvent toutes être bafouées

vendredi, 29 janvier 2010

13/12/91

je ne sais pas du tout quelle position occuper parmi les gens pcq, mis à part le fait d'avoir des rapports sexuels, je ne vois pas très bien ce que deux - ou plusieurs - personnes peuvent faire ensemble / travailler, gagner de l'argent, écraser le petit, rouler l'autre, oui, je veux bien, mais parler ? parler de quoi ? « échanger », « discuter » ? échanger quoi ? discuter de quoi ? / les gens n'ont pas d'idées, autrefois ils avaient des principes, aujourd'hui ils n'ont plus que des goûts, des humeurs, des opinions / « moi, je n'aime pas le jus de carotte, moi », « moi, je préfère Miles Davis, moi », « moi, je pense qu'au Moyen-Orient, moi... », etc. / pour les gens qui aiment discuter, la liberté devrait être un sujet de conversation obligatoire, le seul qui serait vraiment digne d'intérêt, mais la liberté n'existe pas / j'aimerais être un homme libre, j'aimerais que ma devise soit « Fay ce que voudras », mais je ne suis pas un homme libre & le roi des Belges & l'homme le plus riche au monde & les dompteurs de crocodiles & de serpents venimeux ne sont pas des hommes libres non plus / la mort est la grande question de l'existence, mais la mort n'est évidemment pas un sujet de conversation, on ne discute pas de la mort, on la contemple, voilà ce que je pense, moi

jeudi, 28 janvier 2010

11/5/92

dans le meilleur des mondes possibles, où tout est bien, comme on sait, l'inceste demeure généralement problématique en bonne partie à cause de la différence d'âge

mercredi, 27 janvier 2010

27/5/92

Charles Boyer dans La toile d'araignée sur l'écran en couleur, Memory Babe sur ma table & le verre de bière Bleue & le Journal couché, là, devant moi, sa couverture noire & le petit rectangle de papier blanc sur lequel ni le titre ni l'année ni le nom de l'auteur ne sont écrits, le cahier noir, le rectangle blanc, c'est la pierre tombale du mort anonyme, du soldat anonyme, just another soldier in a powder blue night, l'oiseau nocturne tout à l'heure qui me suivait partout où j'allais dans la nuit comme une chauve-souris, iiiiik ! iiiiik ! son cri dans la nuit noire, mon rapace personnel aux ailes invisibles au-dessus des arbres de la ville, les arbres de mai généreux bientôt car bientôt viendra Juin, les poumons de l'été, la chaleur & le soleil & le reste de la vie, l'oiseau dans la nuit sous les nuages, au-dessus de la ville, comme si cette bestiole insensée qui s'acharnait à me suivre partout où mes pas me portaient tout à l'heure avait été l'ange gardien noir, invisible, répugnant, mi-insecte mi-oiseau, l'ange gardien de mes plus noirs secrets, quelle horreur, & de quoi le raton-laveur qui vient pique-niquer la nuit dans ma cour peut-il bien se nourrir, lui, ici même, en pleine ville de Montréal, ne cherche pas, pauvre homme, l'oiseau noir, répugnant, invisible, la bête qui a des ailes, ton ange gardien calciné, se nourrit de tes mauvais rêves, tu dois être en fort mauvaise posture, mon frère, si l'ange qui t'a été attaché est maintenant noir comme il l'est, mais je ne suis pas seul, ici en ville un oiseau invisible veille au moins sur moi, faut-il y croire, ah, je ris, au fond, & je fume, le tabac est brun comme de la terre dans mes poumons, je bois de la bière Bleue qui est bonne pour moi comme une orange, je ne suis plus que dans mon ratatinement & dans la fragile & inquiétante conscience du vol de cette chose noire & hideuse au-dessus de ma tête, l'ange, mon frère, l'ange gardien noir, tout a viré au noir, même lui, mi-insecte mi-oiseau, on ne vit pas perpétuellement la nuit sans qu'elle ne finisse par imposer ses représailles, arrachant un pétale au cœur, un pétale à l'âme, un poil au cul, chaque pétale arraché devenant un clou de plus sur la couronne de cheveux gris, longtemps j'ai rêvé qu'un ange vraiment blanc, un ange asexué, aux longues ailes doucement repliées, vienne se poser sur mon épaule, la gauche, s.v.p., & me regarde, confiant, m'avancer dans la vie, dans ma vie, mais je n'ai jamais eu le don du futur, devant moi je n'ai jamais rien vu d'autre que la lampe qu'il faut bien éteindre au bout de la nuit avant d'aller au lit, l'été, quand les oiseaux ont déjà commencé à siffler dans les arbres & sur les fils électriques & sur les toits, l'hiver quand l'univers craque encore à force de froid, derrière le store & la pauvre fenêtre, le besoin que j'ai de cet ange posé sur mon épaule, ses ailes repliées, son regard dirigé delà le mur prodigieux de l'obscurité, à la fin de la nuit, à l'heure où la maffia des oiseaux diurnes se remet à conspirer, piiik ! piiik ! & où les morts soupirent & se lamentent dans les vieilles pierres & les sombres murs de brique qui les ont vu vivre, mon Dieu, c'est à pleurer, wake up now Jack, face the awful world of black without your aeroplane balloons in your hand, le tabac est brun comme de la terre dans mes poumons, je sens l'odeur de la terre fraîche & doulce où ils vont me jeter un jour, la dernière femme qui est venue ici, la nuit, venait des Îles-du-Vent, là-haut vers la mer, & sur le tapis du salon je lui ai dit que je n'en voulais qu'à ses fesses & au tout petit mollusque qui s'y niche comme un raisin sec dans la fente d'une miche de pain, à quatre pattes comme l'antique animal fleurant la femelle de sa même espèce, le devant de la femme a l'odeur de toutes les mers du monde, le derrière a l'odeur de la terre, la nuit est noire & brune, mon frère, je ne vois plus que de cet œil-là, le gauche, je ne vois plus que de cet œil-là qui regarde vers le centre de la terre, le ciel est Bleu comme de la bière & je n'en ai que faire, j'ai dû pécher par manque de savoir-vivre, ô mon ange, à quatre pattes devant la télévision toujours allumée & sans le son, la motte de poils phénoménale de cette femme au si drôle d'accent, la motte comme un buisson de ses îles au bord de la mer, mer intérieure, invisible, « je ne veux que le Derrière ! ! !», mon œil plongeant dans le continent noir, le pic s'enfonçant dans la terre, & quand elle a vu mes yeux, horreur ! il devait être quatre heures, cinq heures du matin, la nuit n'en finissait plus de traîner en longueur & en profondeur & de nous salir, quand la femme des îles a vu mes yeux, en se retournant, elle a eu peur, elle a dû prendre peur, elle a montré mes yeux de son doigt & elle a dit non ! non ! & elle s'est arrachée à moi & elle s'est enfuie en courant dans la nuit, oui, tandis que je roulais en riant sur le tapis, Lustucru fou de ma folie, me foutant de tout, plein de ma suffisance & de l'image des deux fesses vulnérables à jamais fixée dans ma souvenance, & pourtant je viens de la terre, ma mère sent la Cadie & la terre, ses ancêtres formidables, dressés devant le vent des décades durant, dérangés de la terre acadienne par le Grand Dérangement, jetés comme de la graine d'herbe mauvaise en Neuve-Angleterre par le conquérant, rapatriés au nord du fleuve Saint-Laurent vingt ans plus tard, vingt ans de ruminations & d'humiliations dans la haine, Acadiens transplantés dans le pays de Joliette qui deviendront gens de terre & qui feront chanter la mer dans leurs verres, ces mystérieux verres de la Cadie, les Verres qui chantent la Mer, que j'ai vus entre les mains du père de ma mère, Acadiens devenus gens de terre, Lord, Melançon, Bourgeois, d'un bord & de l'autre du ruisseau Vaché irriguant, au nord du Saint-Laurent, ce qui deviendra bientôt le Pays du Tabac, à l'ombre des clochers d'église où le fantôme de Joliet continue d'explorer, la nuit, du haut de son perchoir, les ombres du monde, ma mère devait sentir encore la terre quand elle m'a mis au monde, ici, dans cette ville de Montréal, à trois rues d'où j'écris ceci cette nuit, le vent, la terre, la mer, le devant de la femme & son derrière, le vent se levant entre la mer & la terre, les odeurs de la terre & de la mer se mêlant dans les caprices du désir & du vent, pourquoi, pourquoi retourner vers la terre, pourquoi s'aboucher sur le tapis du salon devant l'écran de la télévision, pourquoi s'aboucher à la terre en priant devant la pleine lune fendue d'un derrière, dans la nuit qui est brune & noire, l'Oiseau nyctalope tourne autour de ma demeure, la télévision est bleue comme des Caraïbes embouteillées & j'ai l'ange mauvais, ailé mais noir, nocturne, noctambule, rapace, hideux comme un rêve d'alcoolique devenu dément, les arbres poussent leurs cris d'espérance frémissants à travers le ciment des trottoirs, dans la ville, chaque nuit a sa petite musique particulière, celle-ci est grinçante & pareille à celle que faisait le vieux rasoir dont la lame s'était émoussée, & que t'est-il donc arrivé, mon frère, pour que ton ange ne soit plus que l'horrible condensé de l'essence de toutes les nuits, laisse-moi réfléchir, laisse-moi me souvenir, die, give up, go mad, & begin to be happy again, allons-nous-en loin d'ici, tu n'as qu'à prendre ta boîte & l'ouvrir, & regarder, bleu, jaune, rouge, vert, le souvenir qu'il t'en est resté, mais je ne veux pas, si tu savais comme la nuit est noire, ici, même le téléphone est noir, la bête silencieuse à la face pleine de chiffres & de lettres, tu pourrais t'amuser, tu pourrais écrire en remplaçant l'ordinateur & la maudite vieille machine à écrire par le cadran du téléphone, les vingt-six lettres de l'alphabet sont disposées sur ce cadran, sous la lampe chaude, comme si tu avais devant toi une étonnante machine à écrire inventée par un étrange Arabe inventeur de chiffres étonnants, écris un mot avec cette machine, la sonnerie sonnera quelque part dans le Monde au bout du Fil, quelle fabuleuse façon d'écrire & de ne plus jamais être seul, le ventre de la Nuit s'ouvrant pour laisser passer la Voix du Lecteur : « allô ? », ce serait le cordon ombilical réinventé, ils font ça paraît-il avec leurs ordinateurs & l'Internet, à présent, mais je n'écris pas, je n'ai jamais écrit pour ne plus être seul, ni pour être aimé, au contraire, alors bonsoir le téléphone, hostie de câlisse de tabarnak, je ne veux pas me souvenir de tous ces souvenirs qui montent en moi, je ne veux pas, la grosse boîte dans laquelle tout ça grouille encore, l'humiliant fatras de souvenirs semblable au hangar coincé entre la maison & la grange & figé dans le temps, sur cette terre où est née ma verte mère, ce hangar comme un musée honteux, un dépotoir du souvenir où s'entassaient, à côté de l'énorme tracteur & de l'établi, les trésors dérisoires des générations, quel est le nom de cet instrument de musique mutilé par le temps que j'ai découvert un jour en furetant ce hangar, à douze ans, comme Victor Hugo disait qu'il furetait Notre-Dame, la cathédrale, & cette œuvre d'un auteur anonyme, another soldier in a powder blue night, cette mystérieuse peinture du Grand Dérangement représentant le vieillard en pleurs, les mains dans la face, & l'enfant chagrin, & le coffre renfermant le précieux butin, quelques étoffes, &, plus loin, derrière, sous le ciel si mauvais, sous les nuages si épais, flottant sur une mer gonflée de vagues grises, les vaisseaux du conquérant anglais, les proues dressées dans l'air salin comme le nez d'un maître arrogant, le maître disant : vieil homme, nous allons te transporter plus loin que ta courte pensée ne peut l'imaginer, nous allons te transporter vers une terre où tu n'auras plus qu'à te coucher pour te laisser dépérir jusqu'à en mourir, & le fumier de ton corps fera grandir le foin de nos animaux & le bétail & les arbres de la Neuve-Angleterre sous lesquels nous prendrons le frais, par les soirs bleus d'été, en méprisant ta race, ô ces souvenirs, ô ce hangar, la ferme où les fiers rapatriés de 1775 entassaient le fumier de la haine derrière la porcherie, à côté du séchoir à tabac, quelle horreur & quelle sainte horreur, ma mère devait sentir le fumier quand elle m'a jeté dans le Monde & mes ancêtres de la Cadie sentaient le fumier aussi, d'où s'élevaient des volutes chargées de haine, d'humilité, d'entêtement, la grosse boîte aux souvenirs craquant de partout, dérisoire comme la malle du vieillard pleurant dans ses mains, la misérable malle qui ne contenait que les étoffes & les senteurs du pays, Toute la Cadie, & la haine de l'Anglais, ce hangar que je furetais à douze ans, ce hangar devenu caverne d'Ali Baba avec le ressac incessant des générations, ce hangar, ce musée grandiose, qui n'était plus qu'une poubelle imprégnée des odeurs de la boue attachée aux roues du tracteur & des senteurs huileuses de l'établi sur lequel mes oncles mâtaient le fer, est-ce que c'est ça, le Souvenir, le Souvenir qui pose sa couronne sur notre tête jusqu'à l'heure du mourir, est-ce que c'est ce fouillis, cet empilage, cette déraison de l'objet livré à lui-même sous l'offense de la poussière, ce capharnaüm, cette grotte d'un Ali Baba grotesque qui a oublié le mot de passe pour en ouvrir les portes, le mot de passe qui est « je me souviens » ?

mardi, 26 janvier 2010

6/6/92

à l'âge de vingt ans, je croyais encore pouvoir brandir fièrement, là-haut, dans un ciel tourmenté, l'oriflamme flamboyant de la marginalité / mais à vingt ans on n'est pas un être marginal, voyons, on est seulement un jeune homme maladroit, sans beaucoup d'expérience de la vie & peut-être un tantinet insolent / ce n'est pas avant l'âge de trente ans que je suis entré dans la plus authentique marginalité / on m'a offert le premier véritable emploi de ma vie & je l'ai accepté (j'ai fait deux ans, deux ans de bagne) / à présent je ne suis plus qu'à un pied de la quarantaine & tout semble indiquer que je vais être père, bien malgré moi, très prochainement / ça, c'est le comble de la marginalité / en somme entre vingt & quarante ans je suis parvenu à migrer pour de bon, à forger cette différence qui est devenue la mienne aujourd'hui / je suis parvenu à fabriquer, à force d'entêtement, mon incapacité d'être au monde / & bla, bla, bla / (tout cela n'est pas très intéressant, n'est-ce pas)

lundi, 25 janvier 2010

14/6/92

étant un joyeux défoncé

& un parfait raté

comment puis-je tirer

le meilleur parti

de ces deux atouts

      (& qui donc regarde-t-elle

      celle-là

      qui me regarde

      la regarder ?)